dimanche 5 mai 2019

Elections législatives et présidentielles 2019 : Un scrutin populaire sous sérieuse menace de confiscation par des lobbies occultes


La campagne pour les échéances électorales 2019 a commencé très tôt tambour battant. Une bonne majorité des tunisiens sont inquiets d’où le risque de voir un taux de participation très faible.
Mais les plus avertis sont hautement inquiets de l’absence des conditions démocratiques minimales pour un scrutin juste, transparent et sans équivoque en comparaison avec les élections 2011, 2014 et 2018.
Ces inquiétudes deviennent sérieuses et légitimes à partir du moment où on constate une nette volonté de démunir les instances chargées du déroulement démocratique des élections (première partie) et d’orienter le choix des électeurs vers un « menu » restreint par le biais de certains centres de sondages d’opinion travaillant dans l’illégalité et l’opacité (deuxième partie).

Des instances démunies ou inexistantes!

Le processus pour mettre les instances chargées de garantir des élections libres, transparentes et justes « hors état de nuire » ou « hors service » a commencé depuis la proclamation des résultats des élections 2014.
D’abord, ça été l’ISIE dont le processus est passé de sa décapitation (par la démission forcée de son Président Chafik Sarsar, professeur universitaire), à la révocation déguisée de ses meilleurs membres (Dont Najla Braham, juge administratif) pour aboutir à la mise en place finale d’un collège incompétent, dépourvu de charisme et de fermeté, et très ouvert aux partis politiques (Son Président actuel est une parfaite illustration).
L’ISIE étant devenue une instance « soumise » et « Madhmouna », il ne restait plus qu’à attaquer l’autre instance « incontrôlable » qui est la HAICA.
Depuis une quinzaine de jours, plusieurs charlatans (politiques et juristes) commencent à faire circuler une mise en doute sur la légalité de cette instance s’arguant de la fin de son mandat !
Qu’en est-il réellement ?
Le décret-loi 116 du 2/11/2011 a créé la HAICA en précisant dans son article 7§3 que le président, vice-président et les membres sont nommés pour un mandat
Non renouvelable de 6 ans. Un renouvellement du tiers du collège est prévu chaque 2 ans exception faite pour le Président et son vice-président (article 48 du même décret-loi).
Il fallait attendre le 3 Mai 2013 (presque 2 ans après le décret-loi 116) pour voir la mise en place de la HAICA.
2 éléments à retenir :
D’abord, le décret-loi 116 a déterminé le mandat des membres sans avoir précisé le mandat de la HAICA.
Ensuite, ce même décret-loi n’a pas prévu le cas de dépassement du mandat de 6 ans par un ou plusieurs membres.
Entre temps, Une Assemblée Nationale Constituante (ANC) a été élue (élections novembre 2011) pour doter la Tunisie d’une nouvelle Constitution.
Cette ANC a adopté le 26 janvier 2014 (2 ans après le décret-loi 2011 et 1 année presque après la mise en place effective de la HAICA) une nouvelle Constitution en prenant en compte bien entendu les dispositions juridiques en vigueur dont ce décret-loi et elle a traité la HAICA par 2 mesures :
D’abord, faire hisser la HAICA d’une instance publique indépendante à une Instance Constitutionnelle Indépendante (Art 127).
Ensuite, maintenir la HAICA dans ses fonctions jusqu’à élection de la nouvelle ICA.
Le Constituant savait de la durée du mandat des membres de la HAICA et il a peut-être estimé que la nouvelle Assemblée des Représentants du Peuple (ARP), élue en novembre 2014, serait en mesure d’élire la Nouvelle ICA avant fin mandat législatif. Mais il n’a pas fixé une échéance pour le faire.
Et même s’il l’aurait fait ! quelles conséquences en tirer ?
L’exemple frappant est celui de l’IPCCPL (Instance Provisoire du Contrôle de la Constitutionnalité des Projets de Lois).
Le dernier paragraphe du point 7 de l’article 148 de la Constitution 2014 précise que cette IPCCPL prend fin par la mise en place de la Cour Constitutionnelle.
Le point 5 du même article 148 précise que la Cour Constitutionnelle doit être mise en place dans un délai d’une année des élections législatives (Novembre 2015).
Logiquement, décembre 2015 l’IPCCPL n’a aucune raison d’être puisque la Cour Constitutionnelle est supposée mise en place.
Et pourtant, jusqu’à nos jours cette Cour n’est pas mise en place et cette IPCCPL continue à fonctionner malgré les délais constitutionnels.
Et personne n’a soulevé ce point juridique !!
La raison est simple : le contrôle de la constitutionnalité des lois est primordial pour la démocratie tunisienne et l’instance doit continuer à statuer.
C’est encore plus évident pour la HAICA qui a tant demandé au gouvernement de procéder au renouvellement du son tiers sans réponse car les « autorités » concernées par ce renouvellement ont expressément refusé de présenter des candidats.
En outre, l’ARP n’a pas vu urgent ni nécessaire de procéder à l’adoption d’une nouvelle loi régissant l’audiovisuel.
Est-il logique de mettre à néant une disposition Constitutionnelle (art 148.7§2) au motif d’un dépassement de mandat non sanctionné par la loi ??
En réalité, le processus d’entamer les élections 2019 sans instance de régulation de l’audiovisuel était bien programmé et planifié depuis que la HAICA a annoncé qu’elle prendra en charge la réglementation des mesures d’audience, secteur contrôlé par des lobbies occultes et tentaculaires (politiques, médias, finances et autres..).
 Bien entendu, ce processus n’est pas à dissocier de la volonté de la non mise en place de la Cour Constitutionnelle, de l’Instance Constitutionnelle de la lutte contre la corruption et le retard dans l’adoption de la loi relative au Tribunal financier.

Sondages d’opinion : la volonté de forcer le vote des tunisiens.

Le sondages d’opinion est un secteur presque monopolisé par 2 « centres » : SIGMA Conseil et EMRHOD Consulting. Un secteur occulte, opaque et travaillant sans cadre juridique imposant des normes internationales reconnues et sans équivoque.
Le lobby de ce secteur est tellement courtisé par les politiciens et les gens des médias a pu mettre en échec l’adoption d’une proposition de loi déposée par le groupe parlementaire « Al Machrou3 » (Le Projet).
Par ailleurs, certaines personnes averties affirment que les 2 « centres » ont conclu une « entente » pour coordonner leurs « résultats », Chose à ne pas exclure quand on constate que certaines entreprises travaillant dans le secteur se sont retirés du marché.
Profitant de l’absence du cadre légal imposant la transparence de leurs financements, la « logique » de leurs méthodes et l’origine des commandes de leurs sondages, ces acteurs tentent aujourd’hui d’imposer au tunisien un vote fatal.
Plus inquiétant, l’information qui circule depuis 2014 concernant les rapports de ces acteurs avec des « intérêts étrangers ».
La technique de ces « acteurs » est connue : imposer un questionnaire limité et restreint pour orienter le sondage.
La méthode est connue aussi : le téléphone. Par ce moyen, les centres d’appel font un appel et peu importe que la personne appelée réponde ou non, un formulaire de réponse est dressé et supposé contenir de réelles réponses alors que ce sont des formulaires préétablis sans aucune possibilité de vérifier l’authenticité des donnés.
Et le comble : ces liens louches entre ces acteurs et responsables des médias (Al Hiwar, Nessma) sans la moindre réaction du législateur.
Au vu du bilan dressé, ces élections 2019 ne seront pas de libres élections.
Par évidence, la démocratie Tunisienne est un réel danger d’être confisquée par les lobbies mafieux de tout bord avec complicité des autorités publiques.

mardi 2 avril 2019

Cartographie politique incertaine, une démocratie aléatoire


La campagne électorale pour les élections 2019 (Législative en Octobre et Présidentielle en novembre) bat déjà son plein. Elle commence très tôt comme en 2011.
Ces élections nous inquiètent car elles pèseront lourdement sur le processus démocratique en Tunisie. Risque que plusieurs n’y prêtent pas assez d’attention.
La Tunisie a connu plusieurs élections après la Révolution 2011, mais chacune avait sa spécificité et elle aura encore des élections en 2019 et elles seront différentes.
Faisons un petit Rappel historique.

Elections 2011 : Un Etat en mode navigation à vue.

Les élections 2011 ont abouti à la mise en place d’une ANC (Assemblée Nationale Constituante) composée d’environ une trentaine d’entités politiques (Partis et listes indépendantes) mais très vite structurées autour de 6 groupes parlementaires dont 3 formaient la majorité qui soutenait le gouvernement (Nahdha, CPR et Takattol avec 134 députés).
Nonobstant l’adoption de la Constitution le 26 janvier 2014, L’Etat Tunisien a navigué à vue jusqu’aux élections 2014 et les pathologies sont multiples dont notamment :
1-  Une cartographie politique parlementaire très instable (dissolution de plusieurs groupes parlementaires) sans que cela affecte la majorité initiale à garder environ 114 voix (au lieu de 134).
2-  Deux gouvernements successifs ayant subi les effets néfastes de 2 assassins politiques (Belaïd et Brahmi) et n’ayant pas réellement un vrai programme pour gouverner.
3-  Une gestion chaotique des entreprises de l’Etat avec des nominations hasardeuses.
4-  Une gestion locale et régionale très médiocre et très maladroite.
Bien entendu, on peut faire toute une liste de ce qui n’a pas marché et s’étaler longtemps sur les causes.

Elections 2014 : Un Etat en mode auto destruction.

Les élections 2014 ont permis au Parti Nida Tounes de gagner et les élections législatives (avec 86 sièges) et les élections Présidentielles (Avec Béji Caïd Essebssi, BCE).
Ce Parti promettait au Peuple de déloger la Nahdha du pouvoir, de gouverner avec des compétences hors pair (« on a de quoi former 4 gouvernement »), de restaurer l’Etat et assurer la prospérité.
Rien n’a été fait. Pire, c’est tout le contraire promis qui a été réalisé : Coalition avec la Nahdha, des gouvernements formés d’incompétents, un Etat disloqué et une pauvreté et une crise économique que la Tunisie n’a jamais connu.
Plus étonnant et irrationnel, Nida Tounes se disloque, perd son leadership au parlement, dépose son 1er chef du gouvernement et voit le second chef du gouvernement qu’il a proposé se retourner contre lui et forme son propre parti politique.
Jamais l’Etat Tunisie n’a été aussi ridicule, faible et anarchique que sous le règne de cette majorité « bâtarde » entre des partis de tout bord : Nida, Nahdha, ULP, Afek, Machrou3, Moubadra, etc…
De ce constat (presque unanime) ont émergé des appels à des révisions soit du régime politique mis en place par la Constitution (plus de pouvoirs au Président de la République) soit du régime électorale (mise en place d’un seuil pour faire émerger une majorité parlementaire uniforme).
En réalité, ce sont des appels dilatoires pour occulter les défaillances manifestes et incontestables de certains partis politiques.

Elections 2019 : la volonté de confisquer le vote libre des Tunisiens et la négation du régime démocratique

Depuis fin 2017, des forces occultes et d’autres groupes de pression (Certains médias et certains centres de sondage d’opinion) se sont unis pour imposer aux Tunisiens un choix calculé aux Tunisiens pour les élections 2019.
Malheureusement, certains partis politiques présents au parlement, s’y sont associés (par ignorance ou en connaissance de cause) ignorant les conséquences éventuellement gravissimes sur le processus de transition démocratique en Tunisie.
Décortiquant ce qui se passe now :

La Nahdha mène le jeu

Le parti Nahdha, vainqueur des élections 2011 et évincé du pouvoir avant les élections 2014, n’a jamais pardonné cette « injustice » qu’on lui a infligé. Il a su négocié et imposer sa présence au gouvernement, en tant que second parti, avec le vainqueur Nida Tounes.
Depuis les élections 2014, ce parti a géré ses coalitions et ses prises de positions en vue d’un seul objectif : disloquer ses rivaux. Et il a réussi à le faire.

Encore intéressant, le parti Nahdha réussit sur deux autres plans :  Communication, où il épargne ses « leaders » de faire des apparitions objets de « relais » à polémique. Stratégie parlementaire en imposant « in fine » ses choix.
Mais le top, c’est que ce parti réussi l’impensable : peser même sur ses rivaux et en déterminer leur existence (voir les déclarations sur les rapports avec la Présidence de la République et sur les éventuels appuis aux candidatures aux élections présidentielles).

Nida Tounes et ses démembrements : l’illusion utopique

Vainqueur des élections 2014, Nida Tounes s’est disloqué en plusieurs partis (aujourd’hui en conflits entre eux) et son groupe parlementaire n’est que le 3ème groupe.
Les partis qui s’en ont issus n’arrivent pas à émerger. Ils s’entretuent au lieu de s’unir. Ils se dispersent au lieu de s’unifier.

Le Front Populaire : l’occasion ratée

Le front Populaire (Jabha) est une belle surprise des élections 2014. Composite de 9 partis de gauche et de nationalistes, il a hissé 15 parlementaires au sein de l’ARP ayant formé un groupe resté homogène et imposant.
Mais la Jabha a raté une réelle occasion de fusiller les données en refusant l’initiative (il faut avouer qu’elle était un peu « impolie ») du Parti des patriotes démocratiques unifié (WATAD) de procéder à des préliminaires pour choisir le candidat aux présidentielles 2019.
C’était un peu dogmatique et voir même psychologiquement pathologique de croire encore à la chance d’un « symbole » qui n’a aucune chance de mobiliser une jeunesse sympathisante de la gauche.
Bref, la Jabha sert sans le savoir les intérêts de ses adversaires.

Conclusions

On part sur un mauvais pied.
Les électeurs doivent patienter et ne pas paniquer. Le choix électoral ne se fait pas dans la précipitation et la position politique ne se concrétise jamais par le refus de scrutin : VOTEZ.

Le Seuil électoral : Une vraie menace sur notre démocratie

Si on se place actuellement sur des données infaillibles, un seuil de 3% donnera au parti Nahdha une majorité avoisinant les 3/5 du parlement. Un seuil de 5% lui pourra fournir une majorité de plus de 2/3. C’est énorme et très dangereux.
Encore plus dangereux, si les tunisiens pourront voter un parti « inédit » (comme Al Aridha), qui pourrait se manifester par la suite comme un parti très radicaliste et extrémiste sombrant le pays dans le chaos et l’anarchie.

Méfiez-vous des sondages d’opinion

C’est la peste du pays. Ils bossent sans scrupules et sans méthodes et normes scientifiques connues. Ils essayent d’imposer aux électeurs des choix précis et orientés. Leur jeu est très dangereux et ils doivent être pénalement tenus responsables de tous les maux qu’ils causent au pays.
En fin de compte, ils tentent de nous imposer un choix radical entre Tayar et Abir Moussi. Et devant un tel choix, l’option du Tunisien peut aboutir à un résultat pas moins désolant, le suivant.

Le pire résultat de 2019 : une cartographie politique plus dispersée qu’en 2011

Le pire résultat qui pourra en résulter des élections 2019 est de voir une cartographie politique parlementaire plus dispersée et plus disparate que celle de 2011.
Ainsi, le pire scénario possible est de voir le parti nahdha gagner les élections sans avoir la majorité absolue (109) et de voir des dizaines d’entités politiques divergentes et opposées avoir entre 1 et 5 sièges laissant la majorité parlementaire fluctuante, instable et mouvante de manière à laisser le pays encore dans l’instabilité.

Enfin : Les élections se gagnent sur un programme

Ignorez Facebook et Twitter. Ne regardez pas les photos et vidéos. Ne jamais s’attarder sur des photos et images soignés avec des filtres.
Exigez des écrits bien détaillés sur des programmes, des objectifs à atteindre et des moyens prévus pour y arriver.
Documentez-vous sur les candidats proposés, leurs historiques et leures compétences.
Et surtout, pour ceux et celles qui ont gouverné depuis janvier 2011, faites-leur passer ce message : « ne n’avons pas à se faire des illusions : vous avez échoué ».
Tentons le Changement. Forçons-le.
Résistez.