En plus des difficultés techniques de la séance inaugurale expliquées
dans un post
précédent, cette séance est une illustration des manœuvres politiques qui
ne visent pas l’ARP mais elles s’en servent.
Une Séance « in extremis » !!
Après l’annonce par l’ISIE des résultats définitifs des élections
législatives le 8 novembre, l’ARP n’a pas attendu les 15 jours impartis pour
tenir sa 1ère séance du mandat législatif 2019-2024 et a annoncé la
date du 13 novembre (6 jours après) pour tenir une telle séance.
Y a le feu ? pourquoi une telle célérité ?
Si Mohamed Naceur avait repris ses fonctions à la tête de l’ARP,
cette date aurait été différente (aux alentours de 18-19 novembre).
Je crains que cette date a été choisie par le parti Nahdha aidée
par le 1er Vice-président (Appartenant au même parti).
Et ce choix de date risque de ne pas être « innocent ».
En effet, le samedi 16 est la date limite pour le parti Nahdha de
présenter son candidat au poste du Chef du Gouvernement.
Comment cette séance est en rapport direct avec le poste du Chef du
Gouvernement ?
Une séance inaugurale pour servir le choix du Chef du
Gouvernement
Pour une fois, le Parti Nahdha a trouvé en face de lui deux partis
politiques qui savent manœuvrer autant que lui : Tayyar et Chaäb (le
peuple).
Depuis décembre 2011, date des élections de l’ANC et durant le
mandat ARP (2014-2019), la Nahdha était le seul parti politique qui savait manœuvrer
et il avait la voie libre pour imposer ses choix. Même le front populaire n’avait
pas pu (ou n’avait pas su) stopper ses manœuvres.
Le Parti Nahdha, sous pression de ses adhérents, voulait former un
gouvernement avec des partis et listes à tendance « révolutionnaire »,
en l’occurrence : tayyar démocratique, le partie Chaäb, Al karama (coalition
de la dignité) et quelques partis et listes à faible représentativité et ce
pour viser d’atteindre 133 députés (si Tahia Tounes leur rejoint).
Le parti a exclu de ses comptes le parti Qalb Tounes (Cœur de
Tunisie, 38 élus) et Le Parti destourien libre (17 élus).
Analysant la situation, Tayyar et Chaäb ont profité de l’occasion
pour tenter d’imposer leurs conditions : Le Chef du Gouvernement ne doit
pas être du parti Nahdha, des ministères bien déterminés ne doivent pas, non
plus, être gérés par des ministres de la Nahdha et tant d’autres conditions.
Pour une fois, la Nahdha trouve en face deux négociateurs coriaces
et qui connaissent sa « technique ».
Pour y faire face, la Nahdha accélère ses manœuvres en imposant une
date de la séance inaugurale, d’une part, et en réunissant son conseil de la
Choura courant samedi et dimanche derniers.
Ce conseil de la Choura n’a pas attendu la fin de ses travaux pour
annoncer dès le soir de samedi qu’il tient à son « droit constitutionnel »
de proposer le Chef du Gouvernement mais aussi qu’il propose son leader, Rached
Ghannouchi, au poste du Président de l’ARP (parlement).
Le Tayyar n’a pas trop attendu pour annoncer à son tour qu’il
présente un candidat au poste du Président de l’ARP.
Quel scénario pour la séance inaugurale ?
Si on reste à ce stade des déclarations, le choix du Président de l’ARP
va se limiter logiquement entre le Candidat Nahdha et celui du Tayyar.
Si le Candidat Nahdha n’obtiendra pas au 1er tour les
109 voix nécessaires, il risque de perdre le second tour car il ne pourra
compter que sur Al Karama et quelques listes à une seule voix (même si Tahia
Tounes vote pour lui, il ne passera pas les 95 voix).
C’est pour cette raison, on verra 3 scénarios possibles :
- Hypothèse1, Un des candidats est élu au 1er tour :
les choses sont claires. Un accord sur le gouvernement (Chef et membres) est
trouvé la veille.
- Hypothèse 2, Aucun candidat n’est élu. Soit la séance sera
suspendue (pour une raison ou une autre) pour « négocier ». Soit on
passe au second tour immédiatement après l’annonce des résultats.
- Hypothèse 3, le vote du second tour laissera apparaître une
solution ou une crise. Si l’élection du Président se fera par un vote massif (y
compris celui du parti d’un candidat ou l’autre), il est évident qu’un accord a
été trouvé. Si l’élection se fait par une différence minime des voix, c’est que
l’accord n’a pas été trouvé et que la formation du gouvernement risque bel et
bien de s’éterniser.
Le parlementarisme dénaturé
Peu importe les scénarios de
cette séance inaugurale, on notera encore une fois que l’expérience
parlementaire tunisienne sera dénaturée et « infectée » par un
empiétement exagéré du cadre partisan rendant ce « parlementarisme »
tunisien pathologique et défiguré.
Toutes les négociations en cours actuellement sont faites sans la
participation active des élus qui vont siéger au sein de cette Assemblée durant
5 ans.
Durant tout le mandat de l’ANC (Assemblée Nationale Constituante)
et de l’ARP, la décision parlementaire s’est presque faite en dehors de l’enceinte
parlementaire et en dehors de la volonté des élus.
Il est très fort probable qu’on verra une ARP 2019-2024 ni tout à
fait la même, ni tout à fait une autre.
Il est très fort probable aussi qu’on assistera à une crise
politique très aiguë mettant en péril toute la transition démocratique et menaçant
même l’expérience démocratique tunisienne.
8 ans d’échec ont fait subir au peuple toutes les souffrances. Ce peuple
ne pourra plus accepter cette souffrance au bout de 10 ans.
Ce peuple soit il fera une seconde révolution, soit il acceptera
avec « plaisir » une nouvelle dictature (et c’est l’hypothèse
la plus éventuelle).
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